UN T600 sous le ciel de Corse

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Vivlepic
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UN T600 sous le ciel de Corse

Message non lu par Vivlepic » 02 oct. 2018 12:57

Un T600 sous le ciel de Corse

C’est un sujet créé par Denis Udrea qui m’a donné l’idée de répondre à l’annonce de Stéphane concernant son Observatoire « Stelle di Corsica », installé en Haute-Corse, à Erbagholu, commune située à une vingtaine de minutes de Corte .
Durant les quinze premiers jours de septembre, j’ai pu, en échange de quelques heures passées quotidiennement à guider des passionnés du ciel et des étoiles dans ce site superbe, observer à l’aide du SKYVISION 600 ( FD/3,3).

Toutes les observations ont été effectuées entre le 3 et le 14 septembre 2018, le ciel étant la plupart du temps très bon à excellent en dépit des nuages, retenus en fin d’après-midi par les sommets des montagnes environnantes. La nuit étant tombée, ils semblent s’être dissous et laissent la place à un ciel d’une belle noirceur.

Observations planétaires :

Ce sont les plus demandées…
1) Jupiter (Panoptic 27 mm et plus rarement Delos 8 mm) alors qu’elle est désormais très basse, sera souvent une planète décevante. En revanche, l’on se régalera chaque fois de son disque et de la gigue façon cache-cache de ses satellites qui me permettront d’évoquer Galilée.
2) Mars (Delos 8 mm )offrira, jusqu’au 9 septembre, la vision décevante d’un globe orangé, brouillon, gibbeux bref peu appétissant. Ce n’est qu’à partir du 10 que le globe se fera disque, que la surface présentera avec une netteté spectaculaire la calotte polaire, bien définie malgré ses bords tourmentés et de belles et vastes structures tirant sur le vert s’étirant à la surface de la planète, se figeant parfois.
3) Saturne (Delos 8 mm ) : le clou du spectacle, au début de chaque soirée. Beauté et clarté féerique du disque, netteté de l’anneau qui se subdivise à l’évidence, invite à suivre la division de Cassini, les bandes marron voire saumonées du globe. On peut compter souvent jusqu’à sept satellites et plusieurs fois, Titan nous apparaît comme un joli petit disque orangé.
4) Neptune (Delos 8 mm, Nagler T6 3.5 mm) n’est plus une bille bleue mais une planète bien nette, nantie quelques fois de Triton qui apparaît alors nettement comme une fine piqûre d’épingle.

Le Ciel Profond :

La liste des objets observés est littéralement impressionnante. En voici quelques-uns que j’ai choisis soit parce que je les observe toujours avec grand plaisir soit parce que je rêvais de les voir enfin avec un diamètre plus important et surtout dans un ciel moins pollué par la P.L que celui du Carcassonnais…

1) DAUPHIN : NGC 6905 : infiniment jolie, définie, « stellée » de bleu, flashant parfois dans le champ de l’oculaire du Delos 8 mm et révélant toujours la centrale. NGC 6928 présente trois galaxies, nettement discernées dans le champ du Delos. NGC 6934 amas globulaire facile. NGC 7006 – autre A.G – est plus difficilement résolu.

PK 59018.1 est une néb. planétaire que je n’avais jamais observée. Le catalogue du Nexus DSC permettant de trouver ce type d’objet, je me suis rué sur le GOTO. Dans le champ du Delos, il me faut un peu de temps pour me convaincre qu’elle est là, aperçue en vision décalée. Pourtant, sa magnitude (13.8) pourrait laisser croire qu’elle est à la portée du SV 600. Elle m’apparaît comme une tache fantomatique lorsque je déplace très légèrement l’instrument.

2) BOUVIER : peu d’objets ont été observés dans cette constellation dont la vision est un peu gâchée par les lumières de Corte qui ont la vanité de vouloir éclairer les étoiles.
Cependant, NGC 5529 est une bien jolie galaxie, fine aiguille dont le bulbe est net dans le champ du 8 mm. Puis, NGC 5660, 5676 et 5689 : elles demeurent faibles. La vision est fugitive, fugace comme le passage d’une fée, le faufilement diaphane d’une aiguille que l’on voudrait voir glisser dans un intense velours noir. Hélas, les leds me dissuaderont de tenter d’autres objets.

3) HERCULE : on se doute que je me suis régalé des grands classiques ( M 13 et NGC 6207, M 92 et tutti quanti ). Néanmoins, ce que je désirais, c’était me jeter sur l’Amas d’Hercule, groupe de galaxies que j’avais choisi de découvrir, NGC 6041 étant le point de départ. Eh bien, je n’en suis toujours pas revenu ! J’ai bel et bien compté neuf petites « tachouilles ». NGC 6041 et sa petite voisine, IC 1170. NGC 6042 et 6040 sont également évidentes dans le champ du 8 mm. Mais je n’ai pas répertorié les autres, perdu que j’étais dans la beauté prolixe de ce fabuleux amas.
PK 47+42.1 : Néb. planétaire pourtant de magnitude 13 mais pas évidente au premier coup d’œil. Il me faut du temps pour distinguer un joli disque qui semble dessiné au compas, dans le champ du 8 mm. Et quel champ d’étoiles ! Elles brillent partout, jalouses peut-être de se faire voler la vedette par ce voile de tulle que j’aimerais voir un peu mieux et un peu plus bleu.
Harrington’s star 24 : généralement, les astérismes me laissent très froid pour ne pas dire en hibernation ! Eh bien, ce joli alignement ovale, calé près de ce petit diamant d’étoile orange, est un vrai régal à observer. Espérons que ce « fer à cheval » me portera bonheur !

4) AIGLE : et son festival réussi de nébuleuses planétaires parmi lesquelles NGC 6751 ( superbe, centrale bien visible), 6772 (évidente bien que pâle dans un champ étonnamment vide d’étoiles, 6781, 6804 (irrégulière et cousue d’étoiles fines ).
Une galaxie de type Seyfert : NGC 6814 : c’est un bien beau tourbillon de lumière, compact, dont la magnitude de 11.2 fait un objet facile.
PK 38-25.1 : Néb. planétaire à laquelle j’ai consacré un long temps d’observation. En dépit de la vision latérale, du changement des oculaires, nada, rien, walou…

5) CYGNE : une des constellations qui ont rencontré le plus de succès, notamment grâce aux Dentelles(NGC 6960-6974-6992) magnifiques, précises, infiniment détaillées et dont nous avons parcouru les torsades, les voilages avec le Panoptic 27 mm. L’ouverture importante du télescope nous a littéralement scotchés à l’oculaire. Je salue, au passage Xavier Girard, qui est un passionné de ces beaux objets.
NGC 7008 (magn. 10.8) Le Delos 8 mm ne révèle curieusement qu’une vague tache pas évidente. Il faudra utiliser le Nagler 3.5 pour me révéler un pavillon d’oreille assez vague bien plus qu’un fœtus !!!
NGC 7048 (magn. 11) je peste car je n’ai pas emporté le filtre OIII, pensant que Stéphane en avait un. Peut-être aussi étais-je fatigué car j’ai tenté cette nébuleuse vaste et difficile en fin de nuit. Concentration et yeux fermés pendant quelques minutes n’ont pas vraiment amélioré l’image d’un presque disque, proche d’une étoile assez lumineuse et creusé sur le côté gauche d’une partie plus sombre.

6) DRAGON : Ah ! Les galaxies du Dragon ! J’adore.
- NGC 6454 : le Delos 8 mm me révèle un joli groupe de galaxies, m’invite même à déplacer un rien le télescope pour me balader et je distingue parfaitement bien plusieurs univers-île. Si 6454 est la plus brillante, j’en compte au moins trois en plus.
- NGC 6479 ( magn 13.7) : c’est une large tache pâle, proche d’une étoile brillante qu’il faut sortir du champ pour mieux profiter de l’observation.
- NGC 6532 et 6750 ( magn. 13.9 et 13.7) : belles et faciles tachouilles.
Abell 50 : Néb. planétaire qui m’a semblé facile au Delos 8 mm. On distingue bien un disque grisâtre, perdu…


J’aimerais ajouter les notes d’observation concernant un joli nombre de galaxies de PEGASE. Les plus connues, bien sûr, mais surtout NGC 7357 ( magn. 14) et NGC 7356 (magn.14.1) faibles mais bien vues avec de Delos. Et n’oublions pas le Quintet de Stephan dont toutes les étoiles sont nettement vues dans le champ du Delos.
Je me suis également intéressé aux principales galaxies de la constellation du LEZARD car un grand nombre d’entre elles flirtent avec la magnitude 13.5 voire 14. Ainsi de NGC 7242 ( Wow ! Quatre galaxies apparaissent dans le champ ! Je vais passer un temps fou à me régaler de cette découverte), 7264 (facile), 7282 ( vue en vision décalée), 7228 et 7227 (discrètes).
Je passe sur les balades dans le SAGITTAIRE avec son cortège d’objets de Messier…
N’oublions pas les carbonées, chères à Dédé. Elles ont maintes fois créé la surprise parmi l’aréopage d’observateurs anglais, allemands, néerlandais et même québécois, ces derniers ayant bien animé la première partie de soirée. Ainsi, T Lyrae, SAO 64929 (Cour. Bor.), SAO 49477 ( Cygne) SAO 71642 ( Cygne). Là encore la richesse des catalogues proposés par le Nexus DSC m’a bien facilité la tâche…

Je voudrais cependant ajouter quelques notes concernant des objets que je trouve fascinants et à propos desquels j’étais persuadé que le SV 600 me permettrait enfin de voir à quoi ils ressemblaient. Je veux parler de quelques objets ARP et d’un amas globulaire.
ARP 314 (VERSEAU): entre deux étoiles brillantes, deux taches grises apparaissent et dont les centres sont bien visibles grâce au Delos 8 mm.
ARP 312 (HERCULE) : Avec le 8 mm, l’observation est difficile mais la patience me permet de voir deux objets, deux galaxies très serrées qui me donnent l’impression qu’elles n’en forment qu’une…
ARP 311 ( DRAGON) : Le 8 mm me montre un bel alignement de trois étoiles et les galaxies sont bien nettes. La première brille faiblement sous la seconde étoile. Avec un peu d’attention, je crois voir sa compagne. Quant à la troisième, un peu décalée et en dessous, elle brille autant que la première.
ARP 273 ( ANDROMEDE) : je n’ai pas vu la rose ! Cela dit, le 600 révèle bien deux galaxies : une belle spirale qui semble se préparer à hameçonner une autre, plus faible, située en dessous d’elle.
PALOMAR 5 (SERPENT) : faible et pauvre amas globulaire, de magnitude 11.7)


J’espère n’avoir pas été trop long. Mon idée était de vous faire découvrir ce lieu reculé, magique, où le ciel et les gens sont infiniment accueillants. Nul doute que je reviendrai si l’occasion se présente. Au printemps, sans doute car ce télescope est une belle occasion de parcourir l’espace à la découverte d’objets dont il transfigure la vision mais aussi dont il révèle la prodigieuse et infinie diversité.
Merci à ceux et celles qui m’auront lu.


Clichés :




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Une imposante coupole qui tourne comme une horloge. Elle abrite un réfracteur de 150 mm plutôt dédié à l’astrophotographie et à l’observation du soleil. Je n’ai pas utilisé ce matériel, préférant me consacrer au planétaire et au ciel profond avec le T600.





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T600 mm FD/3.3 doté d’une motorisation Servo-Cat et du Nexus DSC. L’initialisation se fait grâce à deux étoiles (Polaire et Arcturus ). Il est préférable d’oublier l’oculaire réticulé de 20 mm pour la réaliser, le Delos 8 mm donnant de bien meilleurs résultats lorsque le Nexus indique la précision. La meilleure que j’ai obtenue est de 0.016. Cela dit, comme je l’ai indiqué dans un autre post, je regrette l’absence d’une fonction de réalignement que j’apprécie avec le Skycommander. Quant au suivi, il est satisfaisant en visuel.




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Le cadre, le ciel...

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Re: UN T600 sous le ciel de Corse

Message non lu par frédogoto » 02 oct. 2018 13:06

Quel CROA, superbe détaillé et parfaitement décrit.

j'aurais juste aimé avec la réaction du public sur tel ou tel objet

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Re: UN T600 sous le ciel de Corse

Message non lu par Vivlepic » 02 oct. 2018 13:12

Hello, Frédo...

Le public était souvent enthousiaste, muet car béotien en la matière puis bourdonnant de questions en tous genres.
Comme je l'indique dans le CROA, ce sont les images planétaires qui les intéressaient le plus et parfois les laissaient même sceptiques, comme la vue étonnante de Triton près de Neptune.
Le nombre de satellites de Saturne, également.
La nuit avançant, les plus "mordus" se sont passionnés pour les belles galaxies de Pégase et - pour ces dames ^^ - les belles nébuleuses planétaires colorées qui faisaient frissonner leurs compagnons lorsqu'elles comparaient le contenu de leurs boites à bijoux avec la nébuleuse de l'Émeraude, par exemple ! ^^

Bon ciel à toi.

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Re: UN T600 sous le ciel de Corse

Message non lu par Xavier » 02 oct. 2018 19:06

Merci vivlepic pour ce beau CROA
De belles ambiances...
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