LA petite histoire

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frédogoto
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LA petite histoire

Message non lu par frédogoto » 31 mai 2019 14:33

Ci dessous un petit extrait des mémoires de mon arriere grand mere (que tout le monde appelait Grany , que j'ai connue)
Autres temps......
style littéraire brouillon et baguenaudant mais c'est vraiment la description d'une autre planète

par Madeleine Bibas - 1976

Abel & Madeleine ou comment trouver un mari ?

On nous avait mariés par relations. J'avais 22 ans, ma mère venait de mourir (le 12 janvier 1910 à 57 ans) après une longue maladie (de Parkinson). Elle disait souvent, parait-il, à Mme Duchesne, mère d'Yvonne, qu'elle voudrait bien me voir établie.

Mme Duchesne avait deux fils, mariables, mais ma dot n'aurait pas été suffisante, à supposer que je sois tentée de ce côté. Or, je ne l'étais pas, celui qui habitait Versailles me paraissait mou et inconsistant, pourtant il me poussait bien dans les côtes quand nous faisions de la bicyclette à trois, le dimanche.

Il paraît que j'étais la seule des amies d'Yvonne avec laquelle André voulait se promener. Plus tard, il est devenu prêtre. Pour moi il n'existait pas.
L'autre, Pierre, était en Pologne, puis dans les mines en France. Rien d'affolant. Je ne lui ai jamais donné deux minutes de « Throughts ».

Donc Mme Duchesne a pensé à des cousins à elle établis en Tunisie et désireux de marier leur fils ainé, 1er d'une famille de 9 enfants. Mère, sourde (peut-être de naissance) adorant sa progéniture et la gardant dans ses jupes.
La progéniture ne disait pas non, assurée du pain quotidien et quelques autres avantages.
La seule fille, Alice, active et curieuse de la vie, était le bras droit de ses parents. Son père travaillait dans une petite feraillerie, je ne me rappelle plus très bien (couteaux, ciseaux, limes...) enfin gagnait honnêtement le pain de sa famille, toutes les heures creuses passées chez Bonne-Maman à la Tuilière, fraternisant avec l'immense tribu Prénat & Co, qui tenait le haut bout de St Chamond et le « bas bout » comme tu l'as vu rue Dugas Monbel.

Pour abréger... les trois fils aînés, après leurs études scolaires et service militaire (où l'on attrape quelque fois... ce qu'il ne fait pas attraper) ne se sont intéressés à aucun travail au grand désespoir de leur père. Ils partaient le matin, mais rien n'en sortait. François Prénat allait jusqu'à les accompagner aux adresses indiquées... Ils lui glissaient entre les mains.

De désespoir, il prit une grande décision : partir en Tunisie. Pourquoi la Tunisie ?
Sans doute avait-il des tuyaux – peut-être par Joseph Finaz, exilé parce qu'il avait épousé une femme de music-hall, et satisfait d'une installation près de Tunis.
Il acheta le palais Ben Ayed, fît quatre lots – d'environ 35 à 40 hectares – garda 12 hectares avec le palais, en partie ruiné mais comportant plusieurs appartements habitables destinés aux fils, lui même au centre -façade, conserva le contre-maître sicilien pour des cultures et poulailler.

On vendait des légumes à la Marsa – où l'on allait dans un break brinqueballant, traîné par deux chevaux devenus poussifs, conduits par tout le monde. (ce qui ne convient pas aux chevaux)
Ce fut Jacques qui travailla le plus pour préparer les légumes et les vendre avec le contre-maître. Les deux autres firent de vagues labours avec des arabes payés ou locataires de parcelles.
Ces derniers exploitèrent Bon-Papa consentant, et l'adorèrent.
Abel loua ses terres comme il put. Certains étaient mauvais payeurs.

Plus tard, quand je suis restée seule, j'ai du prendre un avocat pour les mettre à la raison ; mais tout s'est toujours passé très pacifiquement.
De retour à la maison, les garçons se réunissaient dans la grande pièce paternelle éclairée par une suspension digne d'un café, et blaguaient à cœur joie, avec leur excellent père et sous les tics affectueux de leur mère qui raccommodait à la journée les frusques de la famille, s'interrompant de temps en temps pour aller à la cuisine. Elle avait encore deux garçons plus jeunes de dix ans que leurs aînés, vaguement pensionnaires à Tunis ou écoliers à la Marsa.

Bon Papa lisait son journal à temps perdu, un peu, le long du jour. Il était très actif, très occupé, ravi de son potager, de ses piscines, de petites créations. Je ne lui ai jamais vu un livre dans les mains.
Celui d'Abel était un guide. C'était sa façon de voyager : France -Tunisie , Tunisie – France. Il n'a jamais fait d'autre, dans le pays guère plus loin que Bizerte ou Sousse – et rarement – partir en Asie Mineure l'a comblé de joie, même en temps de guerre ! Il ne lisait guère le journal. Seul avec moi, il ne savait que faire. Aussi j'ai pris rapidement l'habitude d'aller dans sa famille, emmenant le bébé du jour, accueilli à bras ouverts par ma belle-mère, qui m'a suppliée de lui permettre de venir le baigner le matin. ET bien entendu, elle le gardait si j'allais à la Marsa ou à Tunis. Je faisais aussi des promenades dans la campagne avec Alice. Nous achetions des œufs frais en grande quantité ou autres denrées.
Des amis des garçons venaient très volontiers, changeaient l'atmosphère qui restait très gai et bruyante, appréciaient beaucoup Alice. Polis avec moi perpétuellement enceinte (4 enfants en cinq ans, dont un mort la première année de mariage -angoisses perpétuelles pour les autres).

Je m'aperçois que j'ai laissé de côté le récit des fiançailles. Mme Duchesne s'est donc posée en intermédiaire active, a parlé à mon père. Charlotte Prénat est donc venue avec son fils ainé, très nerveuse, avec plus de tics que jamais.
Abel n'était pas « mon type », mais ile ne me répugnait nullement. Assez beau garçon, pas sportif, mais de l'aisance. (Pourtant nous avons été à un tennis chez des amis et Abel s'est montré fort honorable). Habitué de vivre en société, il parlait vite, ne cherchait pas ses mots, car il avait de la mémoire et faisait distingué quand il le fallait. Une seule chose m'a frappé : la démarche, dans Versailles. En sortant de la maison : une espèce de déhanchement larvé, que je me suis expliqué quand j'ai appris qu'enfant il était tellement agité que le docteur redoutait l'épilepsie (ou autre chose).
Marié, assaini, cette tare a disparu apparemment.

Je ne me suis donc pas prononcée. Mais j'ai accepté de nouvelles entrevues. Sa mère et lui n'ont pas prolonger leur séjour à Versailles, trop onéreux.
Mon père (Félix Bibas) a été à St Chamond, à la Tuilière. Bonne Maman Prénat (Méry) lui a fait une excellente impression ainsi que la maison et l'entourage. Mais ce n'était pas tout. Ce qui lui paraissait dur à avaler, c'était l'absence de situation.
A 27 ans, Abel vivait aux crochets de ses parents et semblait trouver cela très naturel.
Il est vrai qu'il avait des cousins et amis qui ne faisaient pas autre chose, seulement possédait un château, une propriété. Il y avait des ruches, des habitudes...
L'un disait « mon père est mon banquier » et personne ne se scandalisait.

Enfin, Mme Duchesne a pris le taureau par les cornes. Elle avait reçu une lettre de Charlotte disant que la saison s'avançait et qu'il fallait rentrer en Tunisie « pour les cultures »(prétexte).
Munie de cette lettre, Mme Duchesne est venue nous voir. Elle m'a trouvé seule et m'a un peu prêché. « C'est à prendre ou à laisser » ma petite Madeleine. Elle m'a un peu embobiné. Moi, j'étais désemparée depuis la mort de maman. Il n'y avait jamais de détente entre papa et moi. Lily, (Amélie) l'aînée de toutes (qui boitait et ne s 'était pas mariée) avait au contraire l'habitude de toujours causer avec lui, et avait continué d'autant plus après la mort de maman, en janvier, tenait la maison (cuisinière et femme de chambre), s'occupait de Lisbeth (18 ans, et Jo 15 ans) finissait leur éducation et très copains. Je n'étais la copine de personne. Je faisais du tort à Lily par mon physique et ma jeunesse.

Papa cherchait à nous entraîner dans la religion (sœurs d'élèves Eudistes) et les bonnes œuvres.... Il avait un côté austère et sévère qui m'avait toujours impressionnée, bien - ou à cause de – que nous ayions beaucoup soigné maman tous les deux, poussé la petite voiture, été à Lourdes et en saison à Lamalou (alors sortis des autres nous nous entendions très bien) il était bon et affectueux, nous nous levions aux aurores pour ascensionner de petites collines pendant que maman dormait encore. Et puis on me cherchait des jeunes pour me distraire. Mais alors là, maman était d'accord tandis que Lily m'était plutôt hostile, et je sentais qu'elle aurait préféré mille fois rester seule avec les trois autres qu'elle avait bien en main et qui soutenaient son influence et son autorité.
Depuis janvier, mes amies Yvonne et Ernestine ne venaient plus goûter joyeusement comme avant. Mes cours de Croix Rouge avec Ida étaient finis. Dans ses visites, Abel m'avait fait des descriptions enchanteresses de la Tunisie : palmiers, cocotiers me trottaient dans la tête.
Finalement, Mme Duchesne décida de forcer un peu la main à papa ; pour cela lui dire que je désirais revoir Abel et écrire aux Prénat qu'ils pouvaient revenir. Elle parlerait à mon père. Celui-ci n'était pas enthousiaste, mais très hésitant. Il me dit
Tu ne me feras pas de reproches ?
Non papa.
Ils sont donc revenus. Visites des fiancés autorisées, mis en marche du trousseau aidée par Germaine (Walch) et Germaine (Gillet).

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